La coparentalité – la décision de deux personnes ou plus de être parents ensemble, sans relation romantique – n’est pas une invention du présent. Ce qui a changé, c’est le cadre juridique, l’acceptation sociale et le langage que nous utilisons pour parler de la responsabilité parentale. Un bref voyage dans le temps.
Dans le droit romain, l’enfant était littéralement la propriété du père. La „patria potestas“ – l’autorité paternelle – lui conférait un pouvoir juridique quasi illimité sur ses enfants, et dans les premières phases, même sur ses fils adultes. Il pouvait les mettre en gage, les vendre ou les déshériter. La mère n’avait aucun statut juridique parental sur ses propres enfants.
Le Moyen Âge ne modifia guère cette structure de pouvoir. Les enfants étaient considérés comme des actifs familiaux – principalement pour l’héritage, les alliances et la production économique. Le concept de „intérêt de l’enfant“ n’existait pas.
Pendant des siècles, la question „Qui est responsable de l’enfant ?“ avait une réponse claire : le père. Non par sollicitude, mais par droit de propriété.
Le XIXe siècle apporta deux développements parallèles : l’industrialisation poussait les enfants dans les usines, tandis qu’une nouvelle idéologie bourgeoise émergea, définissant l’enfance comme une phase à protéger. En Angleterre, le Parlement adopta en 1833 la première loi sur les fabriques limitant le travail des enfants.
Dans cette ère commencèrent aussi les premières évolutions en matière de garde. Jusqu’alors, les enfants après un divorce étaient automatiquement considérés comme la propriété du père. Le Custody of Infants Act de 1839 en Angleterre fut la première loi à donner aux mères le droit de demander la garde des enfants de moins de sept ans – un changement révolutionnaire.
En France, l’évolution fut plus lente. Le Code civil napoléonien de 1804 maintenait la primauté du père en matière de puissance paternelle, ne la modifiant que progressivement au cours du siècle suivant.
La première moitié du XXe siècle vit lentement émerger le concept d’„intérêt supérieur de l’enfant“ („best interest of the child“) comme principe juridique. Les tribunaux cessent de suivre automatiquement le père en cas de divorce et se demandent : qu’est-ce qui sert le mieux l’enfant ?
Paradoxalement, cela conduisit d’abord à la „tender years doctrine“ – la présomption que les jeunes enfants devaient impérativement rester avec la mère. Le père perdit son droit automatique sans pour autant le regagner. Il fut réduit au rôle de pourvoyeur de pension alimentaire.
La deuxième vague du féminisme transforma profondément le modèle familial. Les femmes entrèrent massivement sur le marché du travail, quittèrent plus fréquemment les mariages malheureux, et les taux de divorce augmentèrent. Simultanément, un mouvement pour les droits des pères émergea, refusant le rôle de „pourvoyeur“ et revendiquant une participation active.
Aux États-Unis, le modèle de la „joint custody“ fut introduit dans plusieurs États dans les années 1970 et 80. Pour la première fois, la loi reconnaissait l’idée que deux parents, même s’ils ne vivent pas ensemble, peuvent exercer conjointement la responsabilité parentale.
La coparentalité n’est pas la fin d’une histoire familiale. C’est le début d’une autre – où la relation parentale est séparée de la relation romantique.
Les dernières décennies du XXe siècle virent une explosion des formes familiales. Les parents isolés devinrent une unité familiale reconnue, quoique souvent désavantagée financièrement. Les familles recomposées (beaux-enfants, beaux-parents) posèrent de nouveaux défis au système juridique.
Les couples de même sexe obtinrent progressivement une reconnaissance légale – d’abord en Europe du Nord, puis en Amérique du Nord. Les Pays-Bas légalisèrent le mariage homosexuel en 2001, premiers au monde. La France suivit en 2013.
L’introduction de la fécondation in vitro (1978) et l’utilisation croissante de gamètes donneurs placèrent le système juridique devant une question fondamentale : qui est parent ? La filiation biologique, génétique et sociale pouvait désormais diverger.
Dans de nombreux pays, le droit accuse encore un retard sur la réalité. Les questions de multiparentalité, de filiation issue de gestation pour autrui ou du statut juridique des donneurs sont réglées très différemment selon les pays européens.
La coparentalité n’est ni une mode ni un pis-aller. Elle est la conséquence logique d’une longue évolution sociale au cours de laquelle la parentalité a lentement migré du droit de propriété vers l’intérêt de l’enfant, et de l’automatisme vers le choix délibéré. Nous sommes au point où, pour la première fois dans l’histoire, les gens peuvent choisir comment construire leur parentalité – et des plateformes comme MAPASGEN offrent l’infrastructure pour faire ce choix de manière structurée et respectueuse.
Le Module 1 (Matching & Coparentalité) inclut un questionnaire structuré pour le premier entretien avec un coparent potentiel. Des avocats en droit de la famille vérifiés sont disponibles dans la section Partners.
latin pour “autorité paternelle” ; dans le droit romain, le pouvoir juridique quasi illimité du père sur ses enfants.
principe juridique apparu au XIXe siècle attribuant présomptivement les jeunes enfants à la mère après une séparation. Abandonné dans la plupart des pays.
le dispositif légal selon lequel les deux parents exercent conjointement l’autorité parentale après une séparation.
la décision de deux personnes ou plus de partager la responsabilité parentale, indépendamment d’une relation romantique.